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AUDIOVISUEL PUBLIC : UN ENJEU CITOYEN

Une semaine aura suffi au gouvernement pour dévoiler sa politique de destruction de l’audiovisuel public. Coup sur coup, l’annonce du budget 2004 de l’audiovisuel et la remise du rapport Brochand ont définitivement brisé les espérances de ceux qui continuent à penser que la France doit avoir un service public audiovisuel capable de remplir ses trois missions principales : informer, éduquer et divertir.

Dans un monde qui se complexifie, où les décisions sont prises à de multiples niveaux, où les intérêts catégoriels s’entrechoquent, nos concitoyens attendent une information qui leur donne les clés pour comprendre le monde. Dans ce contexte, réaffirmer l’ambition du service public audiovisuel français apparaît donc comme une nécessité pour le bon fonctionnement de notre démocratie.

Or le budget 2004 de l’audiovisuel a de quoi nous inquiéter. En effet, il ne déroge pas d’un pouce au mot d’ordre actuel de la politique budgétaire du gouvernement, à savoir, surestimer systématiquement les recettes et sous-évaluer les dépenses. Comment expliquer par exemple l’affichage d’une croissance de 5% des recettes de la redevance alors que ces recettes stagnent depuis 2001 ? Doit-on croire que tous les fraudeurs seront miraculeusement retrouvés cette année ? Les tours de passe-passe du gouvernement ne sauraient nous tromper : en ayant une vision du paysage audiovisuel français dans lequel le service public est réduit à jouer les seconds rôles, le ministre de la culture et de la communication prépare un budget dont le déficit sera de plusieurs dizaines de millions d’euros, et cela sans aucune amélioration du service public. France 2 et France 3, pour ne pas finir dans le rouge, seront ainsi bien obligées d’augmenter leurs recettes publicitaires, en diffusant des programmes de moindre qualité et en augmentant les espaces publicitaires, revenant ainsi sur la loi votée par le gouvernement de Lionel Jospin qui réduisait les écrans publicitaires à 8 minutes par heure sur le service public au lieu de 12 minutes pour les chaînes privées. Par ailleurs, le gouvernement et certains parlementaires UMP semblent de plus en plus tentés par la budgétisation de la redevance. On comprend aisément pourquoi : en créant un poste spécifique au financement de l’audiovisuel public, le gouvernement pourra, à son gré, réduire les financements attribués aux chaînes publiques. Cette politique semble préparer, à terme, la privatisation de France 2 et e démantèlement de France 3 : lorsque les comptes de France Télévision seront dans une situation catastrophique, la réduction du périmètre du service public nous sera présentée comme une nécessité économique pour ne pas augmenter la redevance.

Mais ce triste constat ne s’arrête pas là : l’audiovisuel public doit aujourd’hui faire face à la détérioration du patrimoine audiovisuel détenu par l’INA. Or, le plan de sauvegarde des archives de l’INA est sous-financé. La France risque ainsi de perdre les centaines de milliers d’heures de programmes qui ont marqué son histoire et contribuent encore à fonder son identité. En reniant sans cesse son passé et en ne préparant pas l’avenir, le gouvernement contribue ainsi à défaire l’identité française à une époque où les bouleversements du monde devraient au contraire l’inciter à la renforcer.

Pire, l’indépendance des chaînes publiques semble aujourd’hui menacée. Le traitement médiatique de l’élection présidentielle de 2002 avait déjà choqué plus d’un téléspectateur. Mais que dire aujourd’hui ? Pendant que Bernadette Chirac occupe l’antenne de France 3 pendant plusieurs heures en vantant l’action du gouvernement, France 2 est mise à disposition de la communication du gouvernement Raffarin. Le CSA a demandé à deux reprises à France Télévision de respecter les temps de parole entre majorité et opposition. On s’interroge. Serait-on retombé 25 ans en arrière, au bon vieux temps de l’ORTF dirigé depuis les cabinets ministériels ?

Le sacrifice de l’information ne s’arrête malheureusement pas là. En 2002, le Président de la République avait annoncé aux états généraux de la francophonie son souhait de créer une grande chaîne d’information internationale capable de rivaliser avec la BBC et CNN. En décembre 2002, une mission d’information confiée à plusieurs parlementaires est ainsi chargée de réfléchir au cahier des charges et au statut de la future chaîne. Cette mission rend son rapport en mai 2003. En vain. Le gouvernement préfère finalement confier le dossier à un nouveau groupe de travail issu de Matignon, du Quai d’Orsay et du Ministère de la culture qui lance un appel à projet, au mépris des parlementaires de droite et de gauche ayant travaillé sur le sujet. Aucun des trois projets proposés par ce groupe n’est finalement retenu par le gouvernement. Le Premier Ministre jette alors son dévolu sur le député Bernard Brochand à qui il commande un rapport. Présenté le 30 septembre, il prévoit un partenariat entre TF1 et France Télévision, entièrement financé par l’Etat. RFI, ARTE, TV5 et l’AFP sont ainsi écartées alors que leurs implantations dans différentes régions du monde seront utilisées. En clair, il s’agit donc d’une chaîne qui sera contrôlée par TF1 mais financée par le contribuable. Pourtant, ce même contribuable ne pourra pas regarder la chaîne qu’il finance car celle-ci ne sera pas diffusée sur le territoire national afin de ne pas concurrencer LCI. Après avoir abandonné le projet de TNT et de Chaîne publique de l’information, le démantèlement du service public audiovisuel français est en marche avec le projet de Chaîne internationale qui de l’avis de tous apparaît comme un cadeau à TF1.

Comment la chaîne d’un groupe privé traitera-t-elle l’information dans un pays dans lequel il cherche à obtenir des contrats de travaux publics, sachant que cette chaîne échappera à tout contrôle du CSA, étant donné qu’elle ne sera pas diffusée en France ? Nous réaffirmons que cette chaîne d’information doit être diffusée en France et accessible à tous les citoyens français. Elle doit relever du service public de l’audiovisuel car il s’agit aussi de l’image de la France dans le monde. Le gouvernement doit tenir compte du rapport rendu par la mission parlementaire.

Nous estimons que seul un projet public, réunissant les compétences des professionnels ayant une réelle expérience de l’international et travaillant à l’étranger depuis longtemps (RFI, ARTE, TV5, l’AFP), est capable de garantir l’indépendance de l’information vis-à-vis des marchés et des gouvernements.

Un service public audiovisuel fort, pour une démocratie vivante, "c’est mon choix !".

Anne HIDALGO

Secrétaire Nationale à la Culture

et aux Médias

Première Adjointe au Maire de Paris

Stéphane PELLET

Gilles MONCHY

Délégués Nationaux à l’Audiovisuel

et aux Médias



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