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Mon discours lors de la remise des insignes de Commandeur de l’Ordre d’Isabelle la Catholique




Je vous propose de retrouver ci-dessous le discours que j’ai prononcé après avoir été élevée au rang de Commandeur de l’Ordre d’Isabelle la Catholique, l’équivalent de la Légion d’Honneur en Espagne. Ces insignes m’ont été remises par l’Ambassadeur d’Espagne en France, Francisco Villar, sur proposition du gouvernement espagnol et sur décision du Roi d’Espagne, Juan Carlos I.

Señor Embajador, Querido Francisco,

Monsieur le Maire, Cher Bertrand,

Chers amis, Queridos amigos,

Vous l’imaginez bien, je ressens ce soir beaucoup d’émotion devant vous tous qui êtes venus si nombreux. Je voudrais avant tout exprimer ma plus grande gratitude et mes plus sincères remerciements au Roi d’Espagne qui a décidé de me nommer Encomienda de la Orden de Isabel la Católica. Je remercie également le gouvernement espagnol qui l’a proposé, ainsi que Monsieur l’Ambassadeur d’Espagne, Querido Francisco. Mon ambassadeur qui depuis 6 ans, a tant fait pour l’Espagne à Paris.

Ce qui se produit aujourd’hui pourrait relever d’une certaine façon de l’improbable. En effet, pour la Franco-Espagnole laïque, élevée dans le culte de la République Française, attachée au dialogue des civilisations et au respect des choix personnels, devenir Commandeur de l’Ordre d’Isabelle la Catholique n’est pas anodin. C’est sûrement une part du miracle de la démocratie espagnole qui est à l’origine de ce moment inédit et intense qu’il m’est offert de vivre !

C’est avec fierté et reconnaissance que je reçois ces insignes. Parce que j’en mesure l’importance et le symbole, je ne peux me résoudre à me réserver ce privilège.



Je souhaite d’abord dédier cette distinction à mes parents qui sont venus d’Espagne ce soir, pour l’occasion. Ils sont tout deux des enfants de la guerre, nés sans doute à un des plus sombres moments de l’Histoire espagnole : mes grands-parents ont été exilés puis après un retour douloureux, mes parents ont émigré et choisi la France pour y élever leurs enfants.

Je voudrais aussi partager cette décoration avec les Espagnols qui comme eux, à force de travail, de courage et de détermination ont su relever la tête, affronter les injustices et ne jamais se résigner. Oui, ces valeurs de travail, d’honnêteté, de goût des autres, de partage, d’amour de la vie, figurent au cœur de l’éducation que mes parents m’ont transmise, dans l’espoir que nous pourrions ainsi connaître une vie meilleure que la leur. Parmi toutes les nouvelles possibilités qui s’ouvraient pour nous en arrivant en France, il y avait notamment cette école républicaine que mes parents admiraient tant et qui nous a tant donné, à ma sœur Mary et à moi.

J’aimerais aussi saluer ici tout particulièrement mes proches, fiers comme moi de cet honneur que vous me faites ce soir, Jean-Marc et Mathieu, ainsi qu’Elsa et Arthur qui n’ont pas pu être là aujourd’hui.



Aujourd’hui, l’occasion m’est également donnée de partager avec vous mes sentiments de Franco-Espagnole. Derrière la double nationalité, en étant d’ici et d’ailleurs, certains pensent que nous ne serions de nulle part. Il n’en est assurément rien.

Posséder deux langues maternelles et une double culture a toujours suscité bien des interrogations et des curiosités autour de moi. Quand j’étais enfant, je me souviens qu’on m’a souvent demandé en quelle langue je pensais. Pour moi, c’était une drôle de question : je pense bien sûr dans la langue dans laquelle je m’exprime au moment où je parle.



D’autres situations me rappellent ma double-culture. Par exemple, je me souviens de la dernière finale de Roland Garros où la Reine d’Espagne avait fait l’honneur de sa présence. Dans une tribune qui n’était pas forcément acquise à Rafa Nadal, j’ai surpris les spectateurs qui se sont vite rendu compte que je n’étais pas une première adjointe au Maire de Paris dans un exercice de neutralité républicaine, pendant cette finale !

Et puis, comment ne pas évoquer la question fatidique, chaque fois qu’un match oppose la France à l’Espagne en foot : « Alors, qui vas-tu soutenir ce soir ? ». Je réponds toujours : « Quoi qu’il arrive, je gagne à tous les coups ». Il faut dire que pendant cette Coupe du Monde, j’ai été aidée par les Dieux du Stade à résoudre ce douloureux dilemme : la question ne s’est pas posée longtemps ! ¡En hora buena !

Si je devais accrocher des étoiles à mon maillot, je pourrais désormais en compter une deuxième, grâce à la Furia Roja pour qui j’ai vibré et qui est maintenant campeona del mundo ! A voir les drapeaux sangre y oro et à entendre les ¡viva ! clamés au long de la soirée, je crois d’ailleurs que beaucoup de Parisiens étaient dimanche soir des aficionados… Más que nunca, ¡Viva la Roja !

L’Espagne excelle dans beaucoup de sports au plus haut niveau, par exemple aussi en Formule 1 avec Fernando Alonso. Mais permettez-moi en tant que Parisienne soucieuse d’écologie urbaine, de ne pas m’en vanter et de ne pas m’y référer !

C’est certain, je suis Espagnole parce que je suis née en Espagne, en Andalousie, forte et fière de cette culture immense. Et je suis aussi Française et Parisienne car c’est ici que j’ai décidé de m’enraciner, de vivre, de m’émanciper aussi.



C’est donc à Paris que j’ai pris racine, comme toi, Bertrand. Nous partageons sans doute ces sensations que peuvent inspirer le parfum du jasmin, la lumière aveuglante du soleil ou la joie de vivre de la Méditerranée. Ces sensations qui se conjuguent à merveille avec la couleur grise des toits et du ciel de Paris.

Je me souviens d’ailleurs qu’en juillet 2000 pendant notre première campagne, peu avant ton élection comme Maire de Paris, nous étions allés ensemble à Barcelone. Tu m’avais dit sur place : « si nous gagnons, nous planterons des palmiers à Paris ». C’est désormais chose faite avec les palmeras de la rue Curial dans le 19ème arrondissement ou encore celles de Paris Plages, chaque été. La plage et les palmiers vont si bien à Paris.

Paris est vraiment la ville dans laquelle des exilés de tous les pays ont décidé de s’enraciner : c’est aussi pour cela que je l’aime. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’une d’entre eux, l’écrivaine Nancy Huston, ait écrit ces mots, ici à Paris :

« Celui qui connaît deux langues connaît forcément deux cultures (…) Au fond, me semble-t-il, l’étrangéité est une métaphore du respect que l’on doit à l’autre ».

Comme un clin d’œil de la vie, c’est au surlendemain de la victoire de l’Espagne en Coupe du Monde et à la veille de la Fête nationale française, que le Roi, le Gouvernement et l’Ambassadeur d’Espagne ont décidé de m’honorer. Curieux hasard que ce tempo binational : il donne décidément raison à George Orwell pour qui « notre vraie nationalité, c’est l’humanité ».


- Visionner un diaporama de la cérémonie...
- Découvrir le reportage vidéo réalisé par LeParisien.fr...
- Lire l’article de France-Soir qui l’annonçait...

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