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Mon portrait dressé par mes parents Antoine et Maria




Je tenais à partager avec vous les mots exprimés par mes parents pour dresser mon portrait, dans le cadre d’une série d’articles réalisés par l’hebdomadaire VSD. Cet article de Pascale Tournier permettra à chacun-e de mieux comprendre ce qui a motivé mon engagement et mon action politiques.

"Juste et volontaire"




Antoine et Maria Hidalgo racontent l’enfance de la Première Adjointe au Maire de Paris. Ils ne l’imaginaient pas faire une telle carrière.

Maria et Antoine ont 79 et 80 ans. Leur histoire est celle d’une intégration à la française réussie. Comme de nombreux migrants espagnols, les Hidalgo ont fui, en France, le régime de Franco et la misère. Peu instruits, ils ont poussé leurs deux filles à mener de longues études. L’aînée Mary, née en 1957, est chef d’entreprise en Californie ; la seconde, Anne, née en 1959, est Première Adjointe à la Mairie de Paris.

Dans leur appartement de Chiclana de la Frontera, une ville près de Cadix, en Andalousie, où ils sont venus s’installer pour leur retraite, le décor est sobre et digne. A leur image. Des livres sur la guerre d’Espagne sont entreposés, et quelques photos. Comme celle, prise en 2001, où sont réunis Anne, son père, et Bertrand Delanoë. Durant l’entretien de deux heures, des larmes coulent, à plusieurs reprises sur les joues du père.



Guerre d’Espagne


"Tout l’engagement d’Anne vient de là", confie Antoine Hidalgo. En 1937, pour échapper à la montée des troupes fascistes, le grand-père paternel, républicain, traverse les Pyrénées à dos de mulet avec sa famille. En 1939, Antonio Hidalgo et les siens font l’erreur de retourner à Antequerra, leur village. Sa femme ne survit pas, tout comme la petite dernière. Il est emprisonné pendant trois ans. Le père d’Anne a 10 ans. "À cet âge, on voit tout, mais on ne peut pas intervenir", explique-t-il. À 17 ans, Antoine Hidalgo s’engage dans la marine marchande. Pour fuir les privations et les humiliations. "J’ai longtemps été considéré comme un fils de rouge, mais je n’acceptais pas, je me rebellais".

Famille d’immigrés


Au début des années soixante, les parents de la Première Adjointe à la Mairie de Paris se sont sédentarisés à San Fernando, près de Cadix. Engagé sur un chantier naval, Antoine Hidalgo peine à joindre les deux bouts. Il est parfois obligé de s’endetter pour acheter du lait maternisé. "J’étais comme les Français, je me plaignais tout le temps », ironise-t-il. Installé à Lyon, son frère le presse de le rejoindre. En 1961, toute la famille s’exile dans une cité HLM du 9ème arrondissement. Mary, l’aînée, a 4 ans, Anne, 2 ans et demi. Électricien, Antoine Hidalgo trouve vite du travail. Il restera vingt-deux ans chez Electrifil, en tant que contremaître. Il n’oublie pas la politique : syndicaliste à FO, il écume les meetings avec Gérard Collomb, l’actuel maire de Lyon. "Anne ne disait rien, mais elle imprimait tout cela", confie son père.


L’école républicaine


"Je n’ai pas eu la chance d’aller souvent à l’école, confie Antoine Hidalgo. J’ai tout fait pour que mes filles puissent suivre correctement leurs études". Le père est entendu : ses deux filles sont studieuses. En sixième, Mary apprend sur les mêmes bancs que les jumelles du patron de son père. Elle ira à l’École Supérieure de Commerce de Lyon et sa cadette fera un doctorat de droit. Parent d’élève à la FCPE, Antoine s’implique dans la scolarité de ses filles. "Tant que les devoirs n’étaient pas faits, pas de distractions. Un jour, la télé diffusait un programme que les deux filles aimaient bien. Elles étaient sorties de leur chambre avec un panneau, sur lequel était écrit "On veut voir le film". En seconde, on voulait faire redoubler Anne, à cause de la physique, poursuit-il. Je n’ai pas voulu. Pour certains enfants, une fois qu’on les fait redoubler, c’est fini. Anne est allée en première B". En 1973, son père est convoqué par le proviseur. "Il m’a dit que si ma fille Mary voulait travailler plus tard dans l’administration, ce serait plus facile avec la nationalité française. C’était une décision difficile car les Espagnols sont fiers. J’en ai parlé à la maison". "J’ai dit : "Tous ou personne" ", ajoute Maria Hidalgo.


Mixité dans la cité


A son arrivée, la famille Hidalgo évolue dans un milieu très cosmopolite. Le chef de famille ne souhaite pas vivre avec les autres Espagnols, en ghetto. Les jolies robes confectionnées par la mère d’Anne ont joué un rôle déterminant dans l’intégration des filles.



"Une dame avait interdit à Mary et à Anne de jouer dans la cour de l’immeuble. Quelques mois plus tard, elle a changé d’avis. Elle m’a complimenté sur mes filles, en disant : "Elles sont toujours impeccables et très bien habillées". La famille se lie à des Russes blancs, les Vassiliev. Ils se prennent notamment d’affection pour Anne, et la poussent à exploiter ses dons pour le dessin. Ils ne se sont pas trompés : la jeune fille a failli étudier aux Beaux-Arts.


Football et flamenco


Tous les dimanches, les Hidalgo prennent la voiture pour aller défendre le club de football de Lyon ou, parfois, celui de Saint-Étienne. Luis Fernandez, l’ex-footballeur du PSG, est un ami de la maison. Mary a joué dans une équipe. Volleyeuse et skieuse, Anne reste avant tout une fervente spectatrice. "Encore aujourd’hui, on regarde des matchs ensemble". Adolescente, Anne s’initie aussi au flamenco, pratiqué dans sa famille. "Quand on était encore en Espagne, ma mère, mes tantes et moi-même, nous nous réunissions à la maison. Vers 18 heures, quand il faisait moins chaud, on se mettait à danser, comme ça, mes filles tapaient des mains".


La politique


"Quand elle était petite, si quelqu’un m’avait dit qu’elle ferait de la politique, je ne l’aurais pas cru, constate son père. Quand elle est devenue inspectrice du travail, j’ai commencé à entrevoir la possibilité". "Petite, Anne était timide et sensible comme son père, mais elle était très volontaire, comme aujourd’hui", soutient Maria. "Je lui ai toujours dit de faire attention, continue son époux. La politique, c’est bien, à condition de ne pas se mêler à des trucs bizarres. Aujourd’hui, je la trouve juste, elle ne cherche pas à trouver l’avantage pour elle". Comme ils ont suivi de près sa scolarité, ses parents regardent de près sa carrière. "A chaque élection, je distribue des tracts. Dans le 15ème arrondissement [où elle est élue, NDLR], ils me connaissent bien", relève Antoine. La verraient-ils Maire de Paris en 2014 ? "Ce serait une responsabilité assez grande", juge sa mère. "Je serais très fier", sourit son père.




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