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Paris : une médiathèque haute en couleur

Les Echos.fr 29/04/08

Au coeur du 15e arrondissement, la médiathèque Marguerite-Yourcenar accroche ses plateaux traversants en vitrine sur la rue d’Alleray et le square La Quintinie.

C’est la médiathèque de la première mandature Delanoë : concours en 2002 et ouverture au public en février 2008, à la veille des élections municipales. Le rôle du maire est ici partagé avec Anne Hidalgo, élue de l’arrondissement et premier adjoint, par ailleurs présidente de la SemPariSeine (ex-Semea XV) mandataire de la Ville pour la maîtrise d’ouvrage. A peine ouverte et déjà plébiscitée, la médiathèque Marguerite-Yourcenar (MMY) draine son public à travers les petites rues de ce quartier du 15e arrondissement, en retrait de la rue de la Convention. Elle apparaît depuis cette artère passante dans la perspective d’une rue adjacente, sagement alignée sur la rue d’Alleray et vivement colorée de stores suspendus par petites touches en vitrine. Des lecteurs confortablement assis ou attablés parcourent des périodiques : une invitation à entrer. Les architectes de l’agence Babel (Michel Seban, Elisabeth Douillet, Bernard Mauplot) déclarent avoir répondu au contexte en privilégiant l’environnement bâti et le dialogue établi avec le client, en l’occurrence Jacques Cuzin, directeur de l’établissement. « Trois éléments du voisinage façonnent l’ouvrage et en fixent les hauteurs », récapitule Michel Seban qui pointe la petite école communale en vis-à-vis, le vieil immeuble de rapport implanté en mitoyen et la résidence des années 1970 dessinant des redans de l’autre côté. « Quatre niveaux de consultation se dressent à l’alignement imposé sur la rue d’Alleray et deux étages supérieurs de bureaux sont érigés en retrait sur la terrasse, indécelables depuis la rue », explique l’architecte soucieux d’insertion. L’élévation est d’autant plus mesurée que le premier niveau de consultation est implanté en sous-sol, éclairé par la façade arrière donnant sur un jardin étagé en creux. « Un cadre contraint mais parisien ni plus ni moins », commente l’architecte pour décrire les conditions de cette construction de 3.500 m2 implantée sur une parcelle de 1.500 m2, grevée d’une emprise inconstructible sur l’arrière. Le jardin de pleine terre aménagé au creux de la médiathèque instaure ainsi une continuité verte avec le square La Quintinie attenant. Le mur de pierre maintenu en clôture délimite un pré carré que le directeur défend comme son « jardin de lecture pour les beaux jours ». Ce coeur d’îlot arboré apporte une respiration providentielle aux quatre plateaux de consultation qui courent sans entrave de la rue jusqu’au jardin, de façade à façade. « L’aménagement d’une médiathèque requiert un espace éminemment souple pour s’adapter à de multiples usages et évoluer dans le temps », commente Michel Seban qui a repoussé les structures sur les côtés pour offrir des plateaux libres de 17 mètres de portée. Initialement prévue en charpente métallique pour des raisons de logistique et de moindres nuisances en milieu urbain dense, la construction a été en partie reconvertie en béton, avec des poutres post-contraintes empruntées au génie civil pour réaliser ces planchers de grande portée. D’un côté, deux voiles délimitent les locaux de service et l’aire de livraison. De l’autre, une file de poteaux tubulaires court sur toute la profondeur de l’immeuble, du parvis d’entrée jusqu’au bout de l’aile en prolongement sur le jardin. Cette survivance du projet métallique dessine à tous les niveaux le motif d’une frise ornementale autant que structurelle au coeur de la composition.

Bannières sous verre La maîtrise de la lumière étant ici primordiale, les deux façades sur la rue et le jardin concentrent les intentions architecturales. Vitrine de l’équipement public, la façade sud sur la rue est constituée d’une double paroi de verre enfermant les stores multicolores déployés sur quatre plans. « La maîtrise des ambiances thermique et lumineuse est notamment assurée par cette double peau climatique qui définit un vide ventilé en été et le clos d’une serre en hiver, précise l’architecte, les stores télécommandés permettant un réglage fin de la lumière en fonction des activités et du temps. » Leurs multiples configurations favorisent la consultation du livre ou de l’écran, plongeant dans l’ombre le recoin de « l’heure du conte » à l’étage des enfants. « Toujours la même et jamais la même », la façade pavoise en permanence aux couleurs de la médiathèque, en regard de la pimpante école du quartier. Plus facile à accommoder, la façade nord se résume à un grand pan de verre recoupé d’une structure diagonale de hauteur d’étage. Ce treillis se retourne sur l’aile latérale encadrant le jardin dans un effet de structure habitée digne de Beaubourg. Il se double sur l’intérieur d’un escalier qui caracole sur trois niveaux et aménage ses paliers en salons, comblant le souhait du directeur qui voulait « une promenade verticale sur le jardin ». Pour des raisons réglementaires propres aux pompiers, cette ascension sans cloison n’atteint pas le dernier plateau desservi par un escalier à part. La section adultes en profite pour pousser ses tables contre la paroi vitrée, en vue des frondaisons du square. Un autre agrément. L’animation des façades se propage à l’intérieur à travers les plafonds striés de poutres d’éclairage et de staff superposés. Stratifiés et sculptés, ces plafonds tapissés de matériaux absorbants dispensent l’éclairage et procurent l’affaiblissement phonique requis par ces plateaux épais et communicants d’environ 450 m2. Le mobilier implanté en dessous calme le jeu, choisi au terme d’une mission confiée au consultant Ligne et Couleur. L’intemporel système de tiges et de boules chromées conçu en 1965 par l’architecte suisse Fritz Haller pour USM y est décliné en noir pour les rayonnages, présentoirs et casiers à la mesure des enfants, certains montés sur roulettes pour la mobilité. Disséminés dans l’espace, sièges et poufs de couleurs font tache sur la moquette noire au semis d’étoiles. La paroi latérale qui concentre toute la technique (renouvellement d’air, réseaux...) est habillée du même bardage de terre cuite que la surélévation et les pignons mitoyens. Les architectes de Babel, qui se défendent d’imposer un style ou d’ériger des manifestes, ont produit là une oeuvre circonstanciée qui ne manque ni d’air ni d’allure.

FRANÇOIS LAMARR



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