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Rencontre des "économies majeures" sur la sécurité énergétique et le changement climatique

Jeudi 17 mars 2008 - Hôtel de Ville de Paris

discours de Anne HIdalgo

Mesdames, Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs les délégués, Monsieur l’Ambassadeur, Monsieur Ranjan Mathai (Inde) Monsieur le Secrétaire Général, Monsieur Angel Gurria (OCDE) Chère Laurence Tubiana,

C’est pour moi un très grand honneur et une grande joie de vous accueillir ce soir à l’Hôtel-de-Ville de Paris, au nom du Maire, Bertrand Delanoë, qui n’a malheureusement pas pu être parmi nous. Il m’a demandé de bien vouloir l’en excuser. Votre présence à l’Hôtel-de-Ville marque notre intérêt commun pour cette 3ème réunion des Economies Majeures.

Vous connaissez l’attachement tout particulier de Paris aux problématiques environnementales et son vif intérêt pour l’urgente question du réchauffement climatique qui constitue malheureusement le grand défi de ce siècle, et quel défi !

Comme le confirment désormais la plupart des scientifiques, les émissions de gaz à effet de serre provoquent un réchauffement climatique qui entraîne et entraînera des dérèglements dangereux pour la survie de notre planète et pour sa population.

Aujourd’hui, les gaz à effet de serre émis par les activités humaines ne peuvent plus être absorbés en totalité par les écosystèmes. Ainsi, les émissions moyennes par individu sont 10 fois trop élevées pour un Européen et 20 fois trop pour un Nord-Américain. Cette simple statistique exprime à elle seule l’urgence et le véritable tournant de civilisation auquel le monde est aujourd’hui contraint.

Ignorant les frontières, ces dysfonctionnements profonds sont déjà perceptibles et placent chacun d’entre nous devant ses responsabilités, face à des enjeux géopolitiques majeurs. Nous pouvons et nous devons agir. Chaque nation, chaque collectivité, chaque entreprise, chaque individu PEUT et DOIT influer sur le cours des choses et Paris veut être, en la matière, exemplaire.

OUI les collectivités locales ont un rôle majeur à jouer ! La reconnaissance de leur place par l’ONU est essentielle, comme ce fut le cas pour les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Rien ne pourra se faire sans les villes, ni les gouvernements locaux, qui doivent être considérés comme des acteurs à part entière. En effet, ce sont les élus locaux, au plus proche des citoyens, qui seront confrontés les premiers aux conséquences dramatiques du réchauffement climatique sur les populations et devront mettre en application les décisions nationales ou internationales.

D’ores et déjà, notre pays s’est engagé dès 2005 à diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.

Paris souhaite bien entendu prendre toute sa part à ce combat universel qui nous lie collectivement.

C’est pourquoi, depuis 2001 à Paris, nous agissons d’abord résolument dans une logique de développement durable. Permettez-moi de vous donner ici quelques exemples concrets :

L’ouverture de 32 hectares d’espaces verts supplémentaires, qui permet de renforcer la contribution de Paris à la lutte contre l’effet de serre.

Depuis plus de 2 ans, l’O.P.A.C (office qui construit et gère des logements sociaux pour la Ville) ne réalise que des constructions strictement conformes aux normes Haute Qualité Environnementale.

La baisse de la circulation automobile à Paris produit aussi des effets positifs. Une étude indépendante a montré une baisse de 32 % de la pollution de proximité, dont une part significative, 20 %, est liée à la meilleure maîtrise des flux automobiles, ainsi qu’une diminution de 9 % des émissions de gaz à effet de serre qui est le résultat exclusif de notre politique de déplacements. Le Plan Climat

A ce combat quotidien contre le réchauffement climatique, Paris a voulu donner une démarche forte et cohérente. C’est pourquoi nous avons décidé, en juin 2005, d’élaborer un plan climat territorial. Ce Plan Climat de Paris, adopté en octobre dernier à l’unanimité du Conseil de Paris, va désormais nous permettre d’agir plus fort et plus efficacement encore, dans une lutte qui nécessite une mobilisation mondiale et de tous les instants.

Avant d’en évoquer les détails, je souhaiterais revenir brièvement sur les étapes qui ont présidé à l’élaboration du Plan Climat. Nous avons voulu le bâtir à partir d’éléments concrets en donnant toute leur place à l’éducation, à la concertation et au débat public et citoyen.

Dès 2005, tout d’abord, nous avons accompli un diagnostic des émissions des gaz à effet de serre à Paris, le Bilan Carbone, pour savoir sur quelles bases agir et quels objectifs précis nous fixer.

L’année 2006 fut, quant à elle, consacrée à l’information et au dialogue avec les Parisiens avec des conférences-débats organisées dans les mairies d’arrondissement volontaires.

Des ateliers thématiques de concertation, organisés à l’automne 2006 et auxquels ont pu participer nombre de nos concitoyens, ont abouti à la rédaction d’un très riche Livre Blanc, expression des Parisiennes et des Parisiens pour l’engagement de leur ville dans la lutte contre les dérèglements climatiques.

Comme je vous le disais auparavant : l’objectif de notre Plan Climat est clair : la Ville de Paris s’engage à diviser par 4 l’ensemble des émissions d’ici à 2050. Pour l’atteindre, il est nécessaire d’agir sans tarder. Le plan Climat de Paris aborde tous les domaines : aménagement, bâtiments et logements, neufs et anciens, transports, activités économiques, consommation, etc… Il prévoit des objectifs intermédiaires à l’horizon 2020.

Le Plan Climat fixe ainsi à l’administration parisienne, qui doit être exemplaire, des objectifs très ambitieux : réduire ses émissions et sa propre consommation énergétique de 30 % d’ici à 2020. Il l’engage également à porter à 30 % sa consommation énergétique provenant des énergies renouvelables.

Pour le territoire parisien dans son ensemble, les objectifs sont également très ambitieux : réduire d’ici à 2020 de 25 % les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’énergie, ce qui va au-delà des objectifs européens fixés à 20 % ; porter à 25 % la consommation provenant des énergies renouvelables.

Paris veut être une Ville exemplaire à la fois sur son domaine de compétence directe et en incitant les autres acteurs là où elle n’a pas de compétence directe.

Ainsi, par exemple, sur notre propre patrimoine municipal,

nous engagerons un diagnostic thermique sur 3000 équipements publics en trois ans. Ce diagnostic aboutira sur un plan de rénovation de ce parc. nous mettrons en œuvre un grand plan de réhabilitation du logement social parisien afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30 % d’ici 2020. Les 25 % de logements sociaux les plus énergivores seront traités en priorité.

Là où Paris n’est pas le décideur direct, nous ne restons pas inactif. Ainsi, en ce qui concerne l’habitat privé,

nous lançons une expérimentation sur 300 immeubles avec le financement d’un diagnostic énergétique qui débouchera sur des travaux d’adaptation. Notre ambition est bien entendue d’élargir cette expérimentation en partenariat avec l’Etat et les réseaux bancaires.

De plus, la Ville de Paris appliquera, pour toutes ses opérations d’urbanisme, les objectifs généraux du Plan Climat et vise d’ores et déjà la neutralité carbone pour ses grandes opérations d’aménagement.

Partenariat avec la Fondation Clinton

C’est dans le sens d’une politique volontariste et forte, appuyée par ce Plan Climat, que Paris travaille avec les grandes villes du monde et les partenaires internationaux. Dans cet esprit, depuis octobre 2007, nous avons signé un partenariat avec la Fondation Clinton portant sur la lutte contre le réchauffement climatique.

Nous avons choisi de travailler ensemble sur la réduction de la consommation en énergie des 660 écoles maternelles et primaires de Paris. Ce n’est bien sûr pas un hasard si nous ciblons d’abord les écoles : sensibiliser les enfants au risque climatique est une priorité. Par ailleurs, l’adaptation énergétique des bâtiments entraîne un confort accrû pour ses occupants. L’objectif est de passer d’une consommation de 225 kwh/m2 SHON/ an en énergie primaire à 80 kwh dans ces écoles. Le programme s’applique dès cette année sur une centaine d’écoles. Le volet international

Votre présence ici montre que rien ne pourra se faire pour préserver notre planète si les actes concrets ne sont pas pris au niveau international.

Or, le réchauffement climatique fut au cœur des échanges de l’organisation mondiale des villes, présidée par Bertrand DELANOË, Cités et Gouvernements Locaux Unis, lors du Bureau Exécutif, en mars 2007 à Paris, et à nouveau en octobre 2007, en Corée du Sud, lors du Congrès Mondial de l’organisation.

Concrètement, CGLU a porté, conjointement avec le groupe C40, le Conseil Mondial des Maires sur le Changement Climatique, sa contribution à la Conférence de Bali pour que les gouvernements locaux soient associés aux débats et aux actions mises en œuvre, pour qu’ils aient accès aux financements et pour que la communauté internationale s’engage à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50% d’ici 2050, en accord avec les recommandations du groupe d’experts intergouvernementaux sur le changement climatique.

Au niveau européen, Paris soutient le projet de Pacte des maires sur le développement durable lancé en début d’année par la Commission européenne. L’idée est de rassembler un réseau permanent de maires de 20 à 30 villes européennes, les plus à la pointe sur ces questions, pour un échange des bonnes pratiques. Paris aura, grâce à ses engagements pris dans le Plan Climat, la capacité à s’investir pleinement dans ce réseau.

Paris peut également s’appuyer sur son appartenance au réseau Eurocites pour promouvoir des initiatives en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi, ce réseau de 115 grandes villes européennes a créé un comité de l’environnement auquel 30 villes collaborent sous la direction de la ville de Séville. Le travail de ce comité a fortement influé sur le 6ème programme d’action environnemental de l’Union européenne.

L’intérêt d’agir est aussi de contribuer à la mobilisation de TOUS les acteurs et de créer une véritable synergie : nous percevons que l’enjeu est de développer non pas la compétition entre les villes, mais au contraire la complémentarité, l’échange des bonnes pratiques, la mutualisation des connaissances et la solidarité avec les villes du monde. Habitants et entreprises peuvent également être sollicités et s’engager comme acteurs de prévoyance, de solidarité et d’équité.

Pour enrayer le véritable fléau pour l’espèce humaine qu’est le réchauffement climatique, chaque ville, chaque région, chaque pays doit prendre des initiatives et travailler main dans la main. C’est ce que nous sommes prêts à faire avec vous, c’est ce que nous voulons faire avec vous, parce que, dans le fond, nous sommes tous « des citoyens du monde ».

Je vous remercie et je vous souhaite de très bons travaux.



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