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Une urgence démocratique : l’enjeu des médias

Une démocratie ne peut fonctionner sans pluralisme des médias. C’est une évidence qu’il convient de rappeler. Que l’on soit responsable politique, professionnel de la culture et des médias ou citoyen-public, la gravité de la situation n’échappe à personne.

Comment ne pas être inquiet des concentrations qui s’opèrent dans la presse écrite avec le contrôle économique de la SOCPRESSE sur plus de 70 titres de la presse régionale et nationale. Ce groupe est dirigé par Serge DASSAUT, industriel connu dans le secteur de la défense et parlementaire UMP, qui n’hésite pas à déclarer au moment même où il devient propriétaire d’un groupe de presse, que la gauche et le Parti Socialiste diffusent dans la société des idées "malsaines", s’opposant ainsi aux idées "saines" que lui-même s’efforcera, on peut le supposer, de promouvoir à travers les titres qu’il contrôle !

Comment ne pas condamner la position dominante du principal groupe de l’audiovisuel qui à lui seul capte plus de 55 % des recettes publicitaires de l’ensemble du secteur audiovisuel. Cette position dominante sur le plan économique est inédite en Europe. Elle est d’autant plus menaçante pour le fonctionnement de notre démocratie que chacun connaît les relations de proximité qui existent entre le dirigeant de ce groupe et le Président de l’UMP.

Cette super-puissance médiatique a tellement conscience de son pouvoir qu’elle en arrive à oublier que dans un pays démocratique il existe des contre-pouvoirs. M. Patrick LE LAY, PDG de TF1 s’exprime en ce sens : "ce que nous vendons à coca-cola c’est du temps de cerveau disponible", ce qui n’est autre que l’expression de ce sentiment de super-puissance. Ces propos n’ont pas soulevé la moindre remarque du CSA, censé pourtant veiller au respect des cahiers des charges des différentes chaînes, même lorsqu’elles sont privées.

Comment ne pas être inquiet pour notre démocratie qui ne peut se concevoir sans le pluralisme des opinions lorsque le gouvernement de M. RAFFARIN cède à l’injonction de ce même groupe en enterrant le projet d’une chaîne publique de l’information, projet porté par le gouvernement JOSPIN, pour que celle-ci ne concurrence pas LCI. Ou encore, lorsque le gouvernement, animé par la même motivation, décide que la future chaîne internationale n’émettra pas sur le territoire national.

Face à ce mastodonte privé, le service public de l’audiovisuel, chroniquement sous financé en comparaison de l’Allemagne ou de la Grande-Bretagne, peine à proposer une offre audiovisuelle qui fasse réellement la différence dans sa mission d’information, de production et de diffusion culturelle.

Enfin, comment aborder sereinement les rendez-vous démocratiques majeurs de l’année 2007, avec le souvenir du traitement de l’élection présidentielle de 2002, et surtout avec un C.S.A. dont tous les membres auront été nommés par l’UMP.

Cette situation que nos voisins Européens ont connu, comme l’Espagne sous le Gouvernement AZNAR, ou connaissent encore comme l’Italie de Berlusconi, mérite un sursaut démocratique politique et citoyen.

Il y a quelques mois, en mars 2004, un appel était lancé par treize personnalités issues de la Résistance (Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey) qui ont choisi de rappeler cette exigence démocratique. Avec le recul de l’histoire et la force de leur engagement leur message est éclairant :

"Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944."

Parce que je pense qu’il en va de l’intérêt même de notre démocratie, il y a urgence à agir.

Mettre en place une loi limitant les concentrations et les ententes dans le secteur de la presse et de l’audiovisuel, réformer les aides publiques à la presse pour faire vivre le pluralisme, conforter et consolider le service public de l’audiovisuel par un financement pérenne passant par la redevance sont des perspectives à travailler.

Mais il faudra aussi réformer les missions du CSA et le mode de nomination de ses membres pour en faire un véritable outil de régulation et non un organe de confort politique.

Le pluralisme des idées, la diversité culturelle ne peuvent se concevoir sans des femmes et des hommes politiques, des médias pluralistes et des citoyens conscients de leurs responsabilités conjointes pour faire vivre la démocratie.

Anne HIDALGO

Secrétaire Nationale à la Culture et aux Médias

du Parti Socialiste

Gilles MONCHY

Délégué National aux Médias

du Parti Socialiste

Stéphane PELLET

Délégué National aux Médias

du Parti Socialiste



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