« Je serai toujours là pour rappeler que 53% des Parisiens sont des Parisiennes ! » (AuFeminin.com)
Article publié sur le site AuFeminin.com le 22 octobre 2012.
Candidate à la succession de Bertrand Delanoë à la
mairie de Paris, Anne Hidalgo s’est lancée dans la course un an et demi avant le
scrutin. Un temps nécessaire pour cette force tranquille qui entend monter son
projet patiemment mais surement. Avec en toile de fond ce désir très ferme de
rappeler à ceux qui l’oublieraient que 53% des Parisiens sont… des Parisiennes. Vers
un discours nouveau à Paris ?
Nous avons rencontré la candidate à l’occasion du lancement de son association « Oser Paris » afin de parler campagne, projet et modernité en
politique.
Vous avez annoncé votre candidature à la Mairie de
Paris un an et demi avant le scrutin. C’est tôt. Est-ce par hâte ou souci
d’organisation ?
J’avais vraiment envie de partir à la rencontre de tous les Parisiens, je dirais donc
que c’est par souci d’organisation !
Partir à la rencontre des Parisiennes et des Parisiens en prenant le temps, dans une
position qui n’est pas exactement la même que celle d’une élue, échanger, prendre le
pouls des énergies en mouvement dans notre ville, aller à la découverte des innovations…
Je veux prendre ce temps.
C’est pour cela que l’association Oser Paris a été créée avec pour
mission de structurer, d’organiser ce travail de fond, pour nous permettre d’élaborer
ensemble un projet pour les Parisiennes et les Parisiens. Je ne crois pas du tout aux
méthodes qui consistent à rédiger un programme sur un coin de table. Les idées se
nourrissent de ce qu’on observe, et j’ai toujours pensé qu’on était plus intelligent à
plusieurs que tout seul. J’invite toutes celles et tous ceux qui le souhaitent à nous
rejoindre et à exprimer leurs propositions !
Et ce n’est pas si tôt que ça ! En 2001, Bertrand Delanoë avait commencé sa campagne
tôt, François Hollande également… Je pense que ce sont de bonnes stratégies, qui passent
par ce besoin de construire des relations avec celles et ceux qui, j’espère, se
reconnaîtront en nous.
Votre association s’appelle Oser
Paris, mais on « ose » quoi exactement ?
J’ai entendu ces dernières années pas mal de gens dire « Paris est trop petit », « Paris
n’est plus dynamique »… ce qui est totalement faux. Si on regarde les indicateurs
économiques et démographiques, on voit que bien que Paris a retrouvé une
dynamique.
La ville a gagné 110 000 habitants en dix ans, c’est une ville jeune (la moyenne d’âge
est de 38 ans) qui a retrouvé sa place dans le dialogue avec les grandes capitales
mondiales. J’entends poursuivre ce qui a été entrepris par Bertrand Delanoë, je me
réserve aussi le droit d’inventer notamment en osant Paris !
53% des Parisiens sont des Parisiennes, comment
comptez-vous vous adresser à cet électorat ?
Les femmes à Paris mènent plusieurs vies à la fois : une vie professionnelle (elles sont
plus nombreuses à travailler à Paris qu’ailleurs en France), une vie familiale
(malheureusement les statistiques sur la répartition des taches à la maison montrent que
ce sont souvent les femmes qui assument), une vie culturelle riche, sans oublier une vie
amicale.
Le rythme est très soutenu quand on doit mener toutes ces vies de front, et les
Parisiennes sont soumises à des exigences et des contraintes très fortes. Elles ont donc
besoin qu’on identifie le fait qu’elles sont majoritaires et extrêmement importantes
dans notre ville.
Il faut mettre en place des services spécifiques qui répondent à cette réalité : la
petite enfance, les activités après l’école, la réforme des rythmes éducatifs, l’accès
des femmes aux pratiques sportives, l’aide à l’emploi (les femmes plus majoritairement
confrontées au chômage ou au temps partiel subi),…
Justement, on sait que les trois attentes
principales des femmes sont les modes de garde, la sécurité, et l’emploi. Quelle
sera votre réponse sur ces trois points ?
Concernant les modes de garde, il faut savoir que de 2001 à 2014, on aura créé 10 000
places de crèches. Cela ne reste pas suffisant, car les Parisiennes font plus de bébés
que dans le reste de la France, ce qui est plutôt bon signe !
Il faut donc continuer à développer de nouveaux modes de gardes, notamment à domicile
tout en jouant sur ‘lensemble des possibilités (halte-garderie, garde partagée, garde à
domicile,…) pour proposer des solutions pour les tout-petits (0-3 ans).
Sur l’accès à l’emploi, nous avons développé des pépinières d’entreprise, dédiées
notamment à la création d’emploi au féminin. Nous allons poursuivre ce type
d’initiatives. Les femmes veulent créer des entreprises mais elles ont moins accès aux
crédits que les hommes. C’est une règle qu’on ne s’explique pas autrement que par
l’existence d’une discrimination. Nous devons donc leur apporter notre aide lorsqu’elles
décident de créer elles-mêmes leur emploi. Dans ces pépinières, nous proposons un loyer
avantageux, un accompagnement dans le projet de l’entreprise et dans l’accès au
crédit.
Enfin, il est prouvé que l’insécurité n’est pas perçue de la même façon quand on est un
homme ou une femme. Cela ne veut pas dire que les hommes ne sont pas victimes
d’agression. Mais les statistiques montrent que ce sont les femmes qui sont le plus
victimes d’agressions sur la voie publique et à leur domicile. Améliorer la sécurité
pour les femmes, c’est l’améliorer pour l’ensemble des citoyens, et partir du fait avéré
qu’il y a des statistiques sexuées nous permettra d’apporter une réponse appropriée.
Quelle sera donc votre réponse concernant les
violences conjugales, que vous considérez comme relevant de la responsabilité
publique ?
Sur la partie violence domestique, on s’est beaucoup engagés, via des aides financières
aux associations d’aide aux victimes, la mise en place de centres d’hébergement pour que
les femmes puissent quitter leur domicile avec leurs enfants, des accompagnements
psychologiques, une aide pour accéder à l’emploi… Nous avons donc une bonne connaissance
du tissu parisien et de cette réalité que vivent beaucoup de femmes. Cette connaissance
nous a permis de mettre en place des mesures, mais le phénomène est très loin d’être
éradiqué… Et ce sujet est très important pour une femme élue !
Avez-vous le sentiment que la question des femmes a
évolué dans le milieu politique ces dernières années ?
En 2001, quand Bertrand Delanoë a été élu, il a décidé d’avoir autant d’adjointes que
d’adjoints. La loi ne l’obligeait pas encore à l’époque. Et bien je peux vous dire que
ça a vraiment changé la nature des débats ! A moi, qui portais les sujets d’égalité dans
la première mandature, on disait que c’était des sujets de bonnes femmes, des sujets de
société, pas politiques, pas importants… Mais le fait que je sois première adjointe, que
je porte ces sujets-là, avec un maire impliqué dans ces questions d’égalité, a permis de
donner une visibilité à la question de la parité qui était considérée comme un sous
sujet. On a montré qu’il fallait s’en occuper car il y avait de réelles souffrances et
qu’on apportait des solutions.
Aujourd’hui, la conjugaison de tous ces éléments fait que Paris est une ville dans
laquelle la situation des femmes est prise en compte. On ne réussit pas tout, mais en
tous cas, c’est un axe d’entrée dans notre projet municipal qui reste extrêmement
important.
Vous allez donc maintenir ce cap si vous êtes élue
?
L’égalité est pour moi un combat de tous les jours. Je suis venue en politique d’abord
en m’intéressant à la question de l’égalité entre hommes et femmes. C’est un point
déterminant dans mon engagement et dans mon projet politique progressiste. Je serai
toujours là pour rappeler que 53% des Parisiens sont des Parisiennes !
Etre la première femme élue à la tête de Paris,
est-ce que cela aura une résonance particulière pour vous ?
Si les Parisiens décident de m’élire maire en 2014, cela apparaitra comme un élément
important de la modernité de cette ville et de sa capacité à être à l’avant-garde, c’est
indéniable.
Et puis je n’ignore pas la force des symboles. En politique comme dans d’autres univers
les femmes sont souvent en difficulté quand elles accèdent à des responsabilités, car
elles n’ont pas beaucoup de modèles féminins identifiables. Le fait d’avoir des repères,
des modèles, nous aident à nous construire, à nous projeter dans autre chose. Prenons la
question du plafond de verre : on sait qu’il faut des actes concrets, évidemment, mais
quelques symboles d’accès de femmes à des postes à responsabilités dans le monde
économique, politique, associatif ou médiatique sont des éléments qui permettront aux
plus jeunes femmes de se dire « on peut y arriver, il n’y a pas d’espaces qui nous sont
interdits ».
Vous avez refusé un poste de ministre proposé par
François Hollande… Vous êtes donc très fidèle à votre politique de non cumul des
mandats ?
J’avais d’entrée de jeu dit que je ne souhaitais pas être ministre. Les gens qui pensent
que Paris est un piédestal pour d’autres ambitions… c’est leur affaire, mais ils se
trompent. C’est parce qu’ils ne connaissent pas Paris et encore moins les Parisiens,
qu’ils pensent ça.
Ma passion pour Paris ne fait que s’amplifier, ce ne sont pas que des mots, je trouve
cette ville extraordinaire, et pour moi, il n’y a rien de plus beau que le mandat de
Maire de Paris. Je ne crois pas aux parcours éclairs. Il faut engranger des expériences,
s’enraciner… sinon votre vie dépend des autres. Moi, depuis toujours, j’ai voulu que ça
ne dépende que de moi.
Beaucoup de médias vous surnomment la Dauphine de
Delanoë, ça vous énerve ?
Ce mot ne me correspond pas, je ne suis absolument pas une héritière, je suis très
attachée à la démocratie. Le mot dauphine voudrait dire que les choses sont jouées
d’avance, mais pas du tout. Je suis effectivement une fidèle de Bertrand Delanoë, j’ai
une vraie amitié pour lui, nous avons une fidélité l’un envers l’autre assez rare en
politique. Tout cela peut être troublant, mais c’est de la démocratie. Au bout il y a
une élection, et ce sont les Parisiens qui décideront.
Propos recueillis par Ludivine Le Goff
