Article publié sur vogue.fr mardi 11 mars 2014
Première adjointe au maire de Paris et candidate à sa succession, Anne Hidalgo revient sur son rapport à la mode, ses souvenirs, ses projets, le rôle de Paris et le soutien à la jeune création.
Quel est votre premier souvenir de mode - et pourquoi vous a-t-il marquée?
Mon premier souvenir, c'est celui de ma mère qui était couturière et qui veillait à ce que ma sœur
Mary et moi soyons habillées impeccablement. Nous étions toujours tirées à quatre épingles ; nous
dessinions nos robes, et notre mère les réalisait. Aujourd'hui, je retiens de cela l'idée que
l'élégance est une forme de respect à l'égard des autres.
Qu’est ce
que la mode, pour vous, en tant que femme ?
J'aime la mode : elle est toujours le reflet d'une époque. J'aime surtout quand la mode
célèbre la liberté et l'émancipation des femmes. Pour moi, le précurseur restera Yves
Saint Laurent. Les créateurs sont des artistes, qui emportent notre imagination et nos
désirs.
Comment considérez-vous le rôle de la mode à Paris?
Paris est la capitale de la mode, je ferai tout pour qu'elle le demeure. La chance de notre ville
est qu'elle bouillonne de créativité et que les Parisiennes sont réputées pour leur goût de la mode
ainsi que pour leur grande liberté. Il suffit de voir la rue parisienne, les femmes et les hommes
qui vont et viennent, pour être convaincu que Paris est une ville de création. Le
savoir-faire de nos artistes et artisans est précieux et participe du rayonnement de notre capitale
: nous avons à Paris ce que d'autres n'ont pas et nous envient, par exemple des
métiers d'art que nous avons su protéger, consacrés à la broderie, à la passementerie, que New York
et d'autres villes essayent de constituer. Enfin, la mode à Paris, c'est une industrie avec 60.000
emplois directs, sans compter les dizaines de milliers d'emplois indirects. C'est un secteur de
production puissant et très dynamique. C'est l'ADN de notre ville.
Quelles actions
majeures ont été entreprises par la mairie pour défendre cette industrie et ses différents
acteurs?
Depuis plus de dix ans, nous avons mené une politique active. Nous avons multiplié les bourses et
les prix, développé les Grands Prix de la Création, créé des équipements. Un travail important a été
réalisé au niveau des incubateurs, pour encourager cette manière innovante de travailler.
Les Ateliers de Paris, incubateur de métiers d’art ouvert en 2006 rue du Faubourg
Saint-Antoine, a déjà accueilli plus de 70 créateurs-résidents. Ceux-ci reçoivent un
espace-atelier pour une durée d’un an, et bénéficient d’un accompagnement économique personnalisé.
Plus de 400 autres ont pu travailler avec les équipes des Ateliers. Nous avons également développé
l’accès à des ateliers à des loyers modérés.
Quelles actions supplémentaires
pourraient-elles être envisagées?
Il nous faut poursuivre et amplifier nos efforts en faveur de tous les créateurs, notamment les plus
fragiles. Les jeunes créateurs doivent pouvoir disposer des moyens de travailler et présenter leurs
créations à Paris. La Ville doit faire davantage pour permettre aux jeunes créateurs
talentueux de défiler en mobilisant les lieux dont elle dispose. Je me suis engagée à
promouvoir encore plus les ateliers et incubateurs des métiers de la création et je veux aussi
encourager leur création à l’échelle du Grand Paris. Dans cette perspective, un certain nombre de
friches peuvent être mises à profit.
Je veux aussi créer un événement fort qui fédérera toutes les forces vives de la création,
de la mode et du design. La Fashion Week pourrait être l’occasion d’une véritable
Fête de la création, mobilisant les lieux publics ainsi que les commerces de proximité –
en partenariat avec la Chambre des Métiers – parallèlement à des événements culturels et des
expositions consacrées à la mode, ouverts à tous.
Il nous faut également aider la production parisienne, en prévoyant avec les
financiers régionaux et nationaux des outils adaptés aux besoins des créateurs pour le développement
de leur entreprise. J’amplifierai le rôle du Fonds de dotation des Ateliers, qui recueille de
l’argent privé en faveur des créateurs.
Je souhaite par ailleurs créer un grand Arc de l'Innovation de la Porte de Versailles (15e)
aux Batignolles (17e), afin de développer une nouvelle aire économique dédiée à la
nouvelle économie. On y trouvera des pépinières, des incubateurs, des Fab-Labs, des centres de
télétravail. La mode y aura évidemment toute sa place.
Enfin, je veux accompagner les écoles de la ville de Paris comme Duperré et Boulle,
qui sont des établissements d’excellence dont les diplômes doivent être à présent reconnus
internationalement.
Quel regard portez-vous sur la haute couture, et sur le fait que
d'autres capitales tentent de "ravir" à Paris cette spécificité?
C’est à Paris que la haute couture est née et elle y sera toujours chez elle. Depuis, Paris s’est
construit comme métropole de la mode et de la création. Les Fashion Weeks qui se tiennent dans la
capitale sont à chaque fois un succès et un atout considérable pour l'attractivité de notre ville.
C’est à Paris que se révèlent les tendances de demain, que l’on découvre les créateurs qui
compteront dans le futur. C’est dans ces défilés que le ton est donné pour les saisons suivantes.
C’est incontestable : le Paris créatif vibre toujours autant, et la signature parisienne est
toujours aussi unique dans l’imaginaire collectif et sur les marchés internationaux. Et
je suis résolue à accompagner ce mouvement vers encore plus de réussites.
Le luxe de
la haute couture n'est-il pas antinomique avec le fait d'être de gauche?
Je ne raisonne pas en ces termes. Toute forme de création artistique et culturelle contribue au
rayonnement de Paris dans le monde. Les créateurs de mode parisiens sont extrêmement
talentueux, notamment ceux qui travaillent dans le domaine du luxe. Ils sont pour nous
une chance ; je me réjouis que tous les talents puissent s’épanouir dans notre ville. Je souhaite
les encourager dans leur travail carils sont partie intégrante du dynamisme économique
parisien.
Comment jugez-vous le succès des grandes expositions consacrées
à la mode et à ses arts dérivés (joaillerie, parfum), par exemple Louis Vuitton et Dries Van Noten
aux Arts Décoratifs, Cartier au Grand Palais, Madame Grès au Musée Bourdelle,
etc…?
Et aussi l’exposition Paris Haute Couture organisée à l’Hôtel de Ville par le Palais Galliera qui a
accueilli plus de 200.000 visiteurs ! Toutes ces expositions ont rencontré un grand succès. La mode
fascine, elle porte en elle une part de rêve. Certaines pièces sont d’une perfection
artistique et technique à couper le souffle. Je pense à la rétrospective Alaïa au Palais
Galliera ou à l’exposition Madame Grès au Musée Bourdelle, où les pièces exposées étaient
somptueuses. Nous étions très heureux de pouvoir présenter au public de tels chefs d’œuvre. Je ne
suis pas surprise que les visiteurs aient été aussi enthousiastes.
En tant que
présidente de Paris Musées, quel a été votre rôle dans la réouverture du Musée
Galliera?
Je veux avant tout saluer le talent d'Olivier Saillard, le directeur passionné du
Palais Galliera qui a rouvert en septembre 2013 après des travaux. Nous avons souhaité que ce lieu
soit unique et toutes les équipes de Paris Musées comme de Galliera ont œuvré en ce sens, pour le
beau résultat que l’on connaît.
Enfin, comment voyez-vous le rôle de cette
institution et la nature du Vogue Fashion Fund créé pour permettre au Palais Galliera d'enrichir
ses collections?
Le Vogue Paris Fashion Fund, lancé par le groupe Condé Nast France, aidera le musée à acquérir des
pièces de créateurs, notamment contemporains. C’est donc pour Galliera, une chance
extraordinaire. La création de ce fonds accélérera la constitution d’un patrimoine riche
et diversifié et permettra d’offrir au public des expositions exceptionnelles. Le Palais Galliera
est le Musée de la Mode de la Ville de Paris avec une collection unique au monde : si les Parisiens
m'accordent leur confiance, je veux développer le dialogue avec les créateurs et les métiers d'art à
partir de cette institution incontournable, afin de porter ensemble les couleurs de Paris.
Par Pierre Groppo
Article publié sur vogue.fr mardi 11 mars 2014





