Anne Hidalgo: "Moi, j'ai rassemblé, à l'UMP, ils en sont encore loin" (20 Minutes)

Interview publiée dans le journal 20 Minutes mardi 28 mai 2013.

POLITIQUE – A la veille de son premier meeting de campagne mardi au Bataclan, la candidate socialiste à la Mairie de Paris fait le point sur les grands thèmes de la campagne…

Investie officiellement par le Parti socialiste la semaine dernière pour mener la bataille des municipales dans la capitale en 2014, la première adjointe au maire de Paris veut passer la vitesse supérieure dans sa campagne à l’occasion de son premier grand meeting mardi au Bataclan.

Comment allez-vous animer cette campagne qui va durer tout de même neuf mois?

Je ne trouve pas que ce temps soit trop long car je veux aller à la rencontre des Parisiens. Jusqu’à l’été et au-delà, on va continuer la campagne sur le terrain. Ce sera également le moment pour affiner les propositions issues d’Oser Paris. On en profitera aussi pour finaliser les discussions avec nos partenaires du PC/FG et d’EELV. En septembre, nous rentrerons dans une deuxième phase avec l’élaboration des listes pour les arrondissements et une présentation de mon projet pour Paris à la fin de l’automne.

Pensez-vous que les ministres de la majorité doivent s’engager dans cette campagne?

Non, c’est une élection municipale, je ne me vois pas appeler toutes les personnalités de ma famille politique pendant cette campagne, nous comptons beaucoup de talents à Paris. Ma mission, c’est de gagner à Paris, leur mission, c’est de réussir au gouvernement. Je n’ai pas besoin comme d’autres, de faire venir les leaders d’hier…

Vous parlez de Bernadette Chirac qui vous décrit sans vous nommer comme étant «la dame aux cheveux noirs»…

Je n’ai pas vraiment de commentaire à faire sur cette remarque. Je l’ai connue plus féministe et élégante. Mais bon, ça m’a amusée de l’entendre donner ses conseils de campagne…

Que vous inspire la primaire UMP? Vous allez sans doute devoir affronter une autre femme.

Ce sera Nathalie Kosciusko-Morizet. Il faut arrêter de parler de suspense. C’est la candidate officielle de l’UMP. Tout le ban et l’arrière ban de la droite sont venus à sa rescousse. Ce sera une femme et je trouve ça plutôt bien. C’est un signe de notre vie politique qui est en train d’évoluer. Mais ce n’est pas parce que l’on est une femme que l’on est dans le camp des progressistes. Elle a un projet conservateur. J’espère que ce sera projet contre projet. Quant à leur primaire, ce n’est pas vraiment la même chose que ce qu’avait fait le PS en 2011. Là, il y n’y a pas de bureaux de vote, j’entends déjà des contestations sur les règles et quelques noms d’oiseau parfois violents. Moi, j’ai rassemblé, ils en sont encore loin.

Quel regard portez-vous sur les manifestations de dimanche contre le «mariage pour tous»?

Il est inquiétant de voir l’UMP courir après un mouvement qu’elle ne maitrise pas, qu’elle voudrait instrumentaliser à des fins purement politiques. J’en appelle au calme car les Français et les Parisiens en ont assez de voir qu’on passe plus de temps à mobiliser les forces de l’ordre sur ce type de manifestation qu’à la répression de la délinquance.

Les débordements du Trocadéro, les magasins de luxe qui s’inquiètent des vols… Y a-t-il un problème d’insécurité à Paris?

Il y a eu une augmentation des cambriolages et de vols en bande organisée qui sont souvent le fait de réseaux criminels qui exploitent des mineurs roumains. Leur présence à Paris est frappante, je ne vais pas le nier. Il y a une délinquance qui s’attaque aux sites touristiques. Je constate qu’entre 2009 et 2012, le gouvernement Sarkozy a supprimé 1.500 postes de policiers dans Paris. Je souhaite qu’on revienne sur cette mesure et je me battrai pour qu’il y ait un renfort des forces de l’ordre dans la capitale. Je n’accepte pas le discours qui dit que Paris serait trop doté. Notre ville compte près de 2,3 millions d’habitants, cette population double avec ceux qui viennent y travailler tous les jours. Sans oublier nos 29 millions de touristes annuels et les effectifs qu’exige une capitale. Il n’est pas question de faire de la démagogie comme la droite parisienne qui veut affecter les Agents de surveillance de Paris à la lutte contre le cambriolage, ce serait vraiment dangereux pour eux car ils ne sont pas formés pour ça.

Beaucoup de Parisiens redoutent votre idée de construire des tours dans Paris…

Il ne s’agit pas de construire des tours au cœur de Paris. Je propose des immeubles de logements de 50 m avec de très belles architectures. On en aura l’exemple à Clichy-Batignolles (17e) ou à Paris Rive Gauche (13e) avec des logements sociaux, d’autres à loyers maitrisés. Construire à 15 étages, c’est une recherche d’efficacité, notamment écologique. A Paris, il faut faire les choses avec beaucoup de délicatesse tant notre ville est sensible.

Propos recueillis par Jérôme Comin et Matthieu Goar
Publié le mardi 28 mai 2013 à 8h02