DR : Ludovic Piron
A l’heure de la crise, avec quels moyens comptez-vous financer demain votre politique
culturelle à Paris ?
La culture, ce n’est pas la petite chose qu’on fait en plus du reste. C’est un ciment, le langage
commun dans une ville cosmopolite comme la nôtre. C’est pourquoi je pense qu’il faut lui donner des
moyens, surtout en temps de crise. Avec Bertrand Delanoë, nous avons progressivement doublé les
crédits de la culture à Paris et inauguré des grands équipements – comme le « 104 » dans le
19e arrondissement, le Louxor dans le 10ème, – ou des médiathèques de
proximité (Marguerite Duras dans le 20e , Marguerite Yourcenar dans le 15e…).
Je souhaite sacraliser cet effort et non pas le diminuer. Car que propose d’autre la droite quand
elle promet de baisser d’un milliard d’euros le budget de Paris ? J’entends Madame Kosciusko-Morizet
parler de « desinstitutionnaliser » la culture. En clair, diminuer les financements publics aux
lieux culturels et supprimer des subventions aux associations de proximité La privatisation de la
culture, ce n’est pas mon projet !
Mais ne comptez-vous pas faire appel à l’argent privé, comme lorsque vous parlez
d’événements fédérateurs au moment du Salon du Livre, de la FIAC ou de la Fashion week ?
Bien-sûr qu’on fera appel au privé ! Mais ce n’est pas uniquement pour leur demander de l’argent.
Un exemple : si on veut organiser au moment du Salon de Livre un moment fort où tout Paris vibre
pour la littérature, impossible de demander des fonds aux libraires, qui ne les ont pas ! Le rôle de
la Ville peut être de fédérer les initiatives et de mettre à disposition ses moyens de promotion.
Ces librairies, il faut les protéger en temps de crise.
Pour NKM, la Mairie de Paris fait de « l’entre-soi culturel, de la vraie gauche caviar…
»
Je ne sais pas qui en mange le plus de caviar ! Mme Kosciuscko-Morizet pense qu’en matière de
culture, l’exigence et la recherche du public s’opposent, et elle a tort. Nous avons au contraire
ouvert les portes et les fenêtres, et ainsi élargi les publics, en instaurant la gratuité des musées
parisiens - sur laquelle la candidate de la droite veut revenir-, en inaugurant des bibliothèques ou
le centre Barbara dédié aux musiques actuelles à la Goutte d’or. La réforme des rythmes éducatifs
que nous mettons en œuvre permet justement à des petits parisiens d’avoir accès au meilleur dans le
domaine culturel : 6000 d’entre eux bénéficient depuis la rentrée d’une formation musicale, c’est le
« conservatoire hors les murs » que j’appelle de mes vœux depuis longtemps ! Et plus de 3000 autres
vont se former au théâtre grâce à l’initiative du Théâtre de la Ville, du Monfort ou du Grand
Parquet. Je propose par ailleurs qu’1% du budget des opérations d’aménagement dans les nouveaux
quartiers soit consacré à des dépenses culturelles, comme aux Batignolles. C’est ça l’entre soi ?
C’est plutôt la droite, prête à baisser les crédits, qui en fera !
Vous proposez « des quartiers dédiés à la nuit ». Cela risque de faire plaisir aux
riverains….De quoi s’agit-il ?
Mon idée, c’est que dans le prochain Plan local d’urbanisme on délimite des quartiers ou des
zones dédiés à la nuit. Je pense aux Champs-Elysées, ou encore aux quais de Seine. Cela ne signifie
pas qu’il n’y aura plus de règles d’insonorisation ! Il faut de la médiation, du respect des règles
de voisinage mais aussi consacrer des lieux : il n’est par exemple pas question de fermer le
Bataclan comme le réclamait une pétition de voisins…
Souhaitez-vous créer un nouvel événement culturel, comme Delanoë l’a fait avec la Nuit
blanche ?
J’aimerais créer des « Francofolies d’hiver », c’est-à-dire des concerts autour des
établissements et cafés qui longent les Grands Boulevards. Au festival d’Avignon, des metteurs en
scène et chorégraphes m’ont aussi demandé un événement autour de la danse à Paris, pourquoi pas ! Je
réfléchis à un festival de la jeune création, du théâtre à la danse, en passant par le cirque et la
musique.
Pratiquez-vous vous-même une activité culturelle ? Votre dernier film ou dernier livre
…?
Enfant, j’ai eu la chance, via l’amicale laïque de mon école, d’avoir un accès à la musique ou la
lecture que je n’avais pas forcément dans mon milieu social. C’est pourquoi la réforme des rythmes
éducatifs est si importante à mes yeux. Ensuite j’ai renoncé à faire les Beaux-Arts pour faire du
droit… La littérature me passionne et je dévore les livres. J’aime l’art contemporain j’ai passé
trois heures formidables à la FIAC ! Je viens de lire une BD consacrée à Olympes de Gouges,
j’attends impatiemment le prochain Klapisch et je suis aussi fan de séries ! Hier soir j’ai fini la
première saison de « House of cards ».
Propos recueillis par Maël Thierry - Interview publiée dans le supplément ParisObs du Nouvel
Observateur le 7 novembre 2013.
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Publié le jeudi 7 novembre 2013 à 9h58







