Anne Hidalgo présente son plan de lutte contre la précarité des enfants à Paris

Anne Hidalgo et Dominique Versini ont présenté mardi matin le plan de lutte contre la précarité des enfants.

Suite à la mission dont Anne Hidalgo l’avait chargée, Dominique Versini, ancienne Défenseure des enfants et ancienne ministre, lui a remis un rapport dans lequel elle livre ses préconisations.

Ce rapport a été réalisé après avoir rencontré de nombreux acteurs du monde associatif engagés dans la lutte contre la précarité. Ils ont livré leurs analyses sur la situation et les axes d’amélioration de la prise en charge des enfants vivant à Paris dans des situations de pauvreté. Tous soulignent les efforts et la mobilisation de la Ville de Paris depuis 2001. Dominique Versini estime qu’il est nécessaire de prolonger cet effort et de le rendre plus efficace. Les propositions, qui vont au-delà de la seule Mairie de Paris, nécessitent la mobilisation de tous les acteurs tant nationaux que locaux ainsi que de la société civile.

Anne HIDALGO tient à souligner le caractère remarquable du travail conduit par Dominique VERSINI. Ce rapport constituera un socle pour son projet. En proposant une méthode : aller vers les familles et favoriser une meilleure coordination des dispositifs existants.

Grandes lignes du rapport :

La précarité frappe 22 % des enfants vivant à Paris. Ce chiffre se situe dans la moyenne nationale, dans un contexte de crise. Ce sont donc 85.000 enfants qui vivent dans des situations de précarité et en subissent des conséquences directes sur leur santé, leur scolarité, leur vie sociale et familiale.

Paris doit poursuivre l’immense effort qu’elle a réalisé depuis 2001 en matière de lutte contre la précarité, pour sortir ces enfants de l’exclusion et pour leur donner le maximum de chances de réussite. La Mairie de Paris investit en effet chaque année, près de 1.2 milliards[1] d’euros sur les questions sociales liées à la précarité, la politique l’enfance, la famille et la santé.

Le rapport préconise de mettre en œuvre un Plan départemental de lutte contre la précarité et l’exclusion sociale des enfants afin de développer les coordinations entre services, acteurs et différents élus responsables :

1. Ce plan prévoit un volet Santé en direction des enfants et des adolescents, avec des programmes transversaux impliquant les différents services municipaux : la Protection Maternelle et Infantile, la médecine scolaire, les centres de santé, (les ateliers santé municipaux), la protection de l’enfance, la Maison Départementale des Personnes Handicapées, … Il devra aussi développer les partenariats avec les maternités, les services de pédiatrie, de pédopsychiatrie, les Maisons des adolescents, les équipes mobiles de soins (périnatalité, pédopsychiatrie,…), la médecine libérale, les équipes de prévention…. Il devra développer une meilleure information de l’ensemble des dispositifs existants à Paris.

2. La précarité a des conséquences directes sur le parcours de l’enfant. L’écart entre enfants issus de familles en situation de précarité et les autres se constitue très tôt, dès l’école maternelle ou plus tôt encore pour ceux ne sont pas accueillis en crèche. Ces écarts ne feront que se creuser tout au long du parcours scolaire.

Certaines mairies d’arrondissements – compétentes en matière d’attribution des places en crèche – privilégient les enfants dont les deux parents travaillent, ce qui pénalise les familles en situation de précarité, le plus souvent des familles monoparentales. Après la création de 10.300 places en crèche depuis 2001, le rapport préconise de poursuivre l’effort de création de place de crèches supplémentaires et d’harmoniser les procédures d’inscriptions dans tous les arrondissements en favorisant l’accès des enfants en situation de précarité. Le rapport invite aussi à favoriser le développement de crèches associatives innovantes qui s'adaptent aux rythmes de travail des parent, tout comme le recours plus important aux assistantes maternelles (seulement 5% à Paris) en développant à titre d’exemple, des maisons d’assistantes maternelles.

Concernant l’école, le rapport préconise notamment de créer dans les écoles maternelles et primaires un espace de rencontre « parents » animés par des associations de quartier pour faciliter les rencontres des parents avec les enseignants. De même, il conviendra de soutenir le développement de structures associatives assurant la prise en charge des enfants après l’école jusqu’à 20h.

3. Concernant les adolescents, les acteurs du monde associatif constatent un nouveau phénomène urbain : la présence d’adolescents en grande souffrance, en errance dans les rues alors qu’ils vivent au sein de leur famille. Il convient d’inventer de nouvelles formes d’intervention, pour aller au-devant de ces jeunes dans les squares, dans les espaces publics. La création de maisons des adolescents pourrait aussi permettre de leur proposer un accompagnement nécessaire.

4. Pour les familles, le rapport préconise de mieux faire connaitre les diverses structures existantes (santé, parentalité, social, culture) et d’ouvrir dans les quartiers des lieux conviviaux, ouverts à tous les parents et permettant le développement de liens sociaux.

5. En matière de logement d’urgence, depuis une décennie, Paris voit le nombre de familles demandeuses d’asile, relevant des compétences de l’Etat, augmenter considérablement. Environ 22.000 personnes en familles dont environ 10.000 enfants, orientées par le Samu social de Paris, sont hébergées en chambres d’hôtel à Paris et dans les départements d’Ile de France.

Ces familles sont « ballotées » d’hôtel en hôtel et changent régulièrement de département, avec de lourdes conséquences sur la santé et la scolarisation des enfants. Cette mobilité permanente, les empêche de s’inscrire dans un parcours d’insertion, et leur impose des allers et retours incessants avec Paris pour leur domiciliation administrative, leur alimentation, leur prise en charge sanitaire ainsi que pour la scolarisation des enfants. Le rapport préconise d’organiser la coordination de l’hébergement et du suivi social des familles au niveau du Grand Paris

6. Concernant les enfants Roms victimes de réseaux criminels qui les contraignent à commettre des actes de délinquance, Dominique Versini propose de combiner une double approche :

  • Intensifier au niveau de l’Etat, la lutte contre les réseaux criminels dans le cadre d’une coopération entre pays européens et les pays d’origines (Roumanie, ex-Yougoslavie…)

  • Mettre en place, sous la responsabilité de l’Etat, une plateforme pluridisciplinaire opérationnelle 24h/24h (police/justice/PJJ, associations spécialisées/ASE) pour prendre en charge ces adolescents et les orienter dans des foyers sécurisés pour les sortir et les protéger des réseaux.

7. Concernant les familles Rom installées dans des bidonvilles et dans les rues de Paris, le rapport préconise de développer des équipes mobiles associatives, travaillant en lien avec l’Aide Sociale à l’Enfance, pour évaluer le degré de protection nécessaire aux enfants et mettre en place les mesures indispensables. (santé, scolarisation, insertion des familles, …) conformément aux recommandations de l’Union Européenne.


[1] Montant incluant le financement des crèches, assistantes maternelles, services du CAS, médecine scolaire et prévention médico-sociale, politique d’enfance et famille, RSA, aides aux personnes en difficulté.

Publié le mardi 17 septembre 2013 à 11h01