Hidalgo dévoile Scootlib' (le JDD)

DR : H5

Article publié dans le JDD du 9 mars 2014

La première adjointe au maire de Paris veut inventer le chaînon manquant entre Vélib' et Autolib', à savoir des scooters électriques en libre-service, sur le même modèle que ses prédecesseurs à deux et à quatre-roues. Le projet Scootlib' figure en une phrase dans le programme de la prétendante socialiste à la mairie de Paris. Pour le JDD, elle dévoile ses intentions, nonobstant la récente médiatisation du Piaggio de François Hollande.

"Il ne faut surtout pas y voir un projet farfelu, dit-elle, anticipant les critiques. Ce système existe ailleurs, à Barcelone et San Francisco, dans des versions différentes. Nous souhaitons l'adapter à Paris, où on constate une envie croissante de se déplacer en deux-roues motorisé." Au départ, Anne Hidalgo était plutôt partie sur l'idée de créer des Vélib' électriques - "C'est toujours d'actualité. On développera aussi cette offre complémentaire", précise-t-elle. Puis, elle s'est emparée de la proposition de ses alliés du Parti radical de gauche (PRG). Et elle voit aujourd'hui les choses en grand.

"Je veux travailler à l'échelle métropolitaine. Ce ne doit pas être une initiative parisienne. Je n'en ai pas encore parlé avec les maires de banlieue, mais je suis sûre qu'ils seront très motivés par cette aventure", veut croire la candidate socialiste. Anne Hidalgo imagine "entre 3.000 et 5.000" Scootlib' et quelque 700 stations de rechargement*. Le tarif devrait être "de 3 à 10€ de l'heure". Ces scooters 100% électriques, "silencieux et non polluants", pourraient être rechargeables en trois heures et disposer d'une autonomie de 40 à 90 km. Ils seront équipés de GPS, donc "géo-localisables", système le plus efficace contre les vols. Il sera possible, via Internet et son smartphone, de s'abonner mais aussi de réserver un véhicule disponible ou encore de repérer les bornes vides ou occupées. Et des stations à énergie solaire pourraient être expérimentées. Des start-up parisiennes travaillent déjà sur des prototypes de bornes de rechargement innovantes.

"66% des ménages parisiens ne possèdent pas de véhicule"

Au préalable, Anne Hidalgo, si elle est élue, effectuera une vaste enquête auprès des usagers - notamment des parents d'adolescents - et des associations de deux-roues. Puis, elle lancera un appel à projets. Comme pour Vélib' et Autolib', des groupements se constitueront. "Nous établirons un cahier des charges, avec des conditions strictes en matière de sécurité, de tarifs, de design, de gestion... J'attends aussi des groupements qu'ils nous apportent des idées auxquelles nous n'aurions pas pensé", explique la chef de file. Elle hésite encore entre deux types de scooters : l'équivalent d'un 50cm3 (dont la conduite est autorisée dès l'âge de 14 ans avec un brevet de sécurité routière) et d'un 125cm3 (16 ans avec un permis A1). "D'où la nécessité d'une enquête auprès des parents. Nous ciblons une population active et jeune, qui se déplace beaucoup, moins familiale que pour Autolib'", ajoute la socialiste.

La question du casque doit aussi être tranchée. Ils seront réglables et "régulièrement nettoyés, désinfectés, contrôlés", promet Hidalgo, soucieuse d'hygiène et de sécurité. Mais comment éviter les vols ? Le casque pourra soit s'accrocher sur l'avant du scooter - comme à Barcelone - soit se ranger dans le topcase - comme à San Francisco - ou sous la selle. En empruntant un Scootlib', l'usager libérera le casque de son emplacement ; et il ne pourra rendre le véhicule qu'après avoir remis le casque en place. Une caution devrait être aussi demandée pour se prémunir des larcins. Jean-Louis Missika, le codirecteur de campagne, ne s'attend pas à une recrudescence de l'insécurité routière. "Il n'y a pas eu plus d'accidents de vélo, proportionnellement, après le lancement de Vélib'" assure-t-il. Mais il sait que le principal reproche portera sur la suppression annoncée de places de stationnement. "Les véhicules privés restent immobilisés 92% du temps", rétorque l'adjoint à l'innovation.

Hidalgo parle de 20.000 places supplémentaires, plaide pour la "mobilité douce" et suggère la "possibilité pour les deux-roues électriques d'emprunter les couloirs de bus, le temps que ce marché se développe".

Jean-Louis Missika, lui, a une vision prospective : "Nous sommes en train de vivre une révolution copernicienne de la mobilité en ville. Parallèlement au développement des transports en commun, le véhicule individuel va être de plus en plus appréhendé comme un service et de moins en moins comme une propriété. Déjà, 66% des ménages parisiens ne possèdent pas de véhicule. Autolib' n'a pas complètement remplacé la voiture personnelle à cause des déplacements longue-distance. Cette question ne se posera pas avec Scootlib'"

*Par comparaison, la Mairie de Paris dénombre aujourd'hui 18.600 Vélib' et 2.000 Autolib', dotées de 860 stations, dont 510 à Paris.

Par Bertrand GRÉCO

Article publié dans le JDD du 9 mars 2014

Publié le dimanche 9 mars 2014 à 16h12