Communiqué de Bernard Gaudillère, membre de l’équipe de campagne d’Anne Hidalgo et adjoint au maire de Paris en charge des Finances
« Le milliard d’économies » : questions à Madame Kosciusko-Morizet
« Si les Parisiens me font confiance, je réduirai d'un milliard d'euros sur la mandature les dépenses courantes. C'est seulement par cet effort que nous redonnerons à Paris la capacité d'investir réellement pour les Parisiens ! » Mme Kosciusko-Morizet, Huffington Post (30 août 2013).
Cette déclaration de la candidate de la droite parisienne est un peu passée inaperçue, et elle est, pour tout dire, peu sérieuse. Mais sa répétition, maintenant fréquente, justifie une réponse.
Mme Kosciusko-Morizet dit vouloir faire, si elle était élue, 1 Md€ d’économies sur les dépenses courantes de la collectivité parisienne. Le budget de fonctionnement de la collectivité parisienne étant égal à 6,4 Mds€ en 2013, les économies annoncées représenteraient donc en moyenne 166 M€ chaque année sur la prochaine mandature.
Cette annonce témoigne, une fois de plus, de la part de la candidate de la droite, d’une méconnaissance totale du fonctionnement de Paris.
Je vais donc être précis et pédagogique.
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En premier lieu, je suis stupéfait que notre adversaire semble ignorer que le budget de Paris comporte une proportion importante de dépenses imposées par la loi.
Les dépenses sociales obligatoires (RSA, allocations aux personnes âgées ou handicapées, ASE) représentent 1,2 Md€. Le taux de ces prestations est fixé par la loi, et la collectivité ne peut en aucun cas les modifier.
1ère question à Mme Kosciusko-Morizet : envisagez-vous de cesser de régler les indemnités des titulaires du RSA, ou de baisser l’allocation d’autonomie aux personnes âgées ? Si tel était le cas, les tribunaux administratifs vous ramèneraient vite à la raison.
Les dépenses obligatoires de solidarité territoriale francilienne et nationale. Nous acquittons les « péréquations » (300 M€) et nos contributions à la Préfecture de Police (290 M€), au Syndicat des Transports d’Ile-de-France (370 €) et au Syndicat de traitement des ordures ménagères (130 M€). Total : 1,1 Md€.
2ème question : comment ferez-vous pour obtenir du Parlement la baisse de ces dépenses de solidarité, toutes fixées par la loi ? Même vos amis les parlementaires de droite ne vous suivraient pas, et ils auraient raison.
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Voyons maintenant ce que sont les 4 Mds€ restants. C’est sur eux que porteraient ces supposées économies. Ces dépenses se divisent en cinq parties : les dépenses de personnel (2,1 Mds€), les dépenses de gestion des services publics (970 Mds€), les subventions (520 M€), les aides sociales facultatives (320 M€) et les frais financiers (100 M€). Je n’évoquerai pas cette dernière dépense : les emprunts de la Ville sont déjà les moins chers du pays après ceux de l’Etat.
La masse salariale : nos équipements de proximité et les services aux Parisiens (notamment sociaux) ne peuvent évidemment fonctionner sans personnels. Depuis 2008, nous avons stabilisé ces effectifs, et compensé les créations de postes dans les nouveaux équipements par des suppressions de postes administratifs. Mais à nombre d’agents inchangé, la masse salariale subit des évolutions automatiques (Glissement vieillesse technicité, augmentation du salaire minimum et des cotisations sociales décidées par l’Etat). Déclarer vouloir réduire significativement ces dépenses revient donc à annoncer une diminution des effectifs de la collectivité.
3ème série de questions, posées déjà plusieurs fois mais auxquelles Mme Kosciusko-Morizet refuse obstinément de répondre : combien d’emplois voulez-vous supprimer ? Sachant que 100 emplois = 4 M€ charges comprises, il vous faudrait supprimer 1 000 emplois pour économiser 40 M€. Dans quels services ? Si vous répondez à ces interrogations si simples, les Parisiens mesureront pleinement ce que cela signifierait pour le service qui leur est rendu. Si vous ne répondez pas, comment croire au sérieux de vos affirmations ?
Les dépenses de gestion des services publics (970 M€) correspondent au fonctionnement des équipements : loyers, chauffage, électricité, nettoyage, marchés, réparations, etc.
4ème série de questions : souhaitez-vous fermer des équipements de proximité ? Vous n’avez que l’embarras du choix. Quelques exemples : coût annuel moyen hors personnel d’une crèche (739 équipements) : 150 000€, d’une piscine (38 équipements) : 530 000€, d’une école (663 équipements) : 130 000€, d’un espace vert (410 ha) : 100 000€.
Donc, pour diminuer de seulement 10 M€ les moyens alloués aux équipements de proximité, il faudrait supprimer 15 crèches, 7 piscines, 15 écoles et 20 espaces verts. Cette liste surréaliste donne la mesure du sérieux de votre propos.
Souhaitez-vous réduire les moyens alloués à la propreté (135 M€, hors personnel), et de combien ?Diminueriez-vous les budgets des arrondissements qui gèrent les équipements de proximité (130 M€), et dans ce cas pouvez-vous produire le témoignage d’un seul des maires d’arrondissement de droite trouvant son budget excessif ? Trouvez-vous que nous entretenons trop somptueusement les bâtiments municipaux (130 M€) ? C’est la première fois que j’entendrais émettre cette opinion.
Les subventions : plus du tiers de ces 520 M€ est consacré aux crèches associatives, aux cantines scolaires, aux collèges et à l’enseignement privé. Quant au reste, il finance les institutions culturelles de la Ville (musées, théâtres) et plus de 1 300 associations sportives, culturelles ou sociales. D’ailleurs, l’intérêt de ces subventions est si évident que le Conseil de Paris les vote presque toutes à l’unanimité.
5ème série de questions : dans toutes ces subventions, quelles seraient vos cibles ? Combien de crèches associatives voudriez-vous fermer ? Faudrait-il diminuer les moyens consacrés à l’alimentation des enfants ? Envisageriez-vous de fermer deux ou trois musées ? Peut-être le Théâtre de la Ville ? Si vous prévoyez de priver des centaines d’associations des subventions qui les aident à agir, ne serait-il pas honnête de les en prévenir ?
Enfin les aides sociales facultatives : aides au logement, restauration sociale, et soutien aux familles, notamment les familles monoparentales.
6ème question : les 23 000 familles bénéficiaires de Paris Logement Familles, les 130 000 bénéficiaires de la carte Emeraude (transports gratuits) et les 33 000 bénéficiaires de Paris Energies Familles ont le droit de savoir ce que vous allez supprimer. Le leur direz-vous ?
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Entendons-nous bien : il est évidemment possible de faire des économies, et c’est bien ce que nous faisons avec continuité et volontarisme depuis 13 ans. C’est ce qui nous a permis de créer tant de nouveaux équipements publics et d’épargner 650 M€ par an, et c’est ce que nous entendons continuer à faire.
Anne Hidalgo s’est engagée à répondre aux besoins des Parisiennes et des Parisiens en maintenant l’offre de services publics indispensables à la qualité de vie. Mais elle fait reposer cet objectif ambitieux sur des modalités de financement réalistes. Nous comptons stabiliser les dépenses de la Ville et du Département pendant 6 ans : elles n’évolueront pas plus que l’inflation. Comment ? En poursuivant le dialogue exigeant et constructif avec l’Etat pour défendre les intérêts de Paris, en continuant à moderniser l’administration municipale, en développant un état d’esprit permanent de performance et en recherchant le meilleur coût et des modalités de financement innovantes pour nos équipements.
Ces engagements, Anne Hidalgo les tiendra parce qu’elle connaît la Ville et son fonctionnement. Et c’est bien en les tenant qu’elle n’augmentera pas le taux des impôts locaux, comme elle l’a promis et comme nous l’avons d’ailleurs déjà fait à deux reprises (2001-2009 et 2011-2014).
En revanche, il n’est pas honnête de lancer dans le débat n’importe quel chiffre totalement irréaliste et de refuser de l’expliquer. Ne dites pas que vous n’avez pas les éléments techniques pour étayer cette stupéfiante proposition. Si vous ne les aviez pas - ce qui est inquiétant sur votre sérieux -, je viens de vous les donner.
Voilà deux mois que vous parlez de ces fameuses économies de 166 M€ par an sans expliquer aux Parisiens les services publics que vous voulez supprimer ou amputer, les associations dont vous condamneriez l’action, les prestations sociales que vous réduiriez.
Vous pouvez tout à fait continuer à vous cantonner dans les généralités et à vous montrer peu informée - c’est un euphémisme - des réalités de la Ville que vous ambitionnez d’administrer. Mais je ne crois pas que les Parisiens soient dupes, et je suis convaincu qu’ils attendent non pas des dérobades et des approximations, mais des propositions claires et argumentées.













